Hanoi, Vietnam

Une journée à Hanoi, ça commence dès l’aube, avant les premières lueurs, avant les premiers décibels, dans la brume (ou la pollution ?) ambiante qui couvre la ville. Le 1er rendez-vous se fait pour beaucoup dès 6h sur les bord du Hoan Kiem Lake. Le soleil se lève, irradié de gris, virant tout doucement au jaune pâle et autour du lac, ça s’active. Marcheurs coureurs, observateurs. Il y a ceux qui poussent de la fonte de récup’ sur des ateliers confectionnés entre deux arbres, à deux pas de l’eau. D’autres, faute de mieux probablement, utilisent l’existant pour s’exercer: bancs de pierre, rebords de ciment, troncs d’arbres, poubelles de fer, réverbère en guise de barre fixe si si… Puis il y a ceux ou celles qui, résolument orientés face aux eaux argentées, répètent à ne plus pouvoir compter des mouvements de jambes, de bras, expulsent vigoureusement le mal vers l’arrière, les mains glissant de la poitrine aux cuisses, se tapotent la main fermée les épaules, la nuques, les bras, les hanches, les jambes, devant, derrière. Le yoga est passé par là. Les hommes sont souvent torses nus ou en débardeur blanc, les femmes qui semblent s’être arrêtées en cours de chemin, ont posé leur sac là, le temps de.

Puis en fin, il y a ceux qui se regroupent, se placent en lignes, là, spontanément ou bien se sont donnés rendez-vous, difficile à savoir. Les quatre fois vingt ans sont pas loin d’être atteint en moyenne.  Ici des hommes, là des femmes, ou encore les deux. Ici des sabres, là des éventails, prolongement du bras dans le mouvement . Massages, mouvements au ralenti, chorégraphie en suspension en rythme avec la musique d’un vieux postposé sur le banc d’à coté. Chacun fait comme il peut, mais tous sont incroyablement dedans, le regard pointé sur une perspective invisible, loin devant. Les mouvements sont lents, précis. Imperturbables. Et derrière eux, le ton monte, encore une fois. Il est 7h, 7h30, les scoot’ reprennent le dessus. Le soleil est monté, fin de séance. Chacun reprend son rôle: vendeurs de chapeaux, marchands ambulants, coiffeurs de rue, livreuses de papier, jardiniers du park Lenin quand d’autres papotent assis sur le bord des rues ou attendent simplement. Ambiance tranquille, pas d’urgence à venir. Le temps semble plus ou moins arrêté même si autour, la journée commence.

Du monde, du mouvement, beaucoup. Fleuve humain, palpitant. Des myriades de scoot’ s’entre-mêlent, pulsations vibrantes, incessantes, filent, s’entrecroisent, sans choc. Casques de pacotille, masques au ras des yeux, lunettes noires raybanisées. Seul, à deux, trois, quatre, modèle familial à l’honneur. Pick up de fortune, chargés de mille et une choses, poules, cochons, sacs de riz ou cartons empilés, tout y passe, toutes les dimensions, scoot’ à tout faire. Moins vite, à contre-courant ou absorbés par le flot vombrissant, des Non La pointés vers le ciel enfumé trimballent des fruits, des légumes, des babioles sur deux roues, à la force des jambes. Moins vite encore, courageusement, de simples quidam rasent les trottoirs, se faufilent porteurs de lourds paniers en équilibre d’une épaule à l’autre, avant de s’élancer seuls, lentement, au milieu du fracas pour rejoindre l’autre rive.

Arrêtés cette fois, les autres sont sur le coté, noyés, assis sur de minuscules tabourets. Ils regardent, ils attendent, jouent au Cờ tướng mangent ou proposent à manger, à boire, coupent ou se font couper les cheveux, jouent au badminton, à chacun son petit territoire, minuscules espaces de vie entre guidons, moteurs et le pas d’une porte, au ras du bitume, parfois le long du rail désaffecté. Ici pas de feux, pas de stop, pas de flic, pas de choc. Seuls les temples offrent un abri momentané, insonorisent comme ils peuvent à qui veut du répit, repos pour les sens.

Non La (chapeau conique traditionel), Cờ tướng (jeu d’échec vietnamien), Hong Song (Red river) et Hoan Kiem et Tay Ho ( lacs dans Hanoi)


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